J’en ai fini de réussir ma vie, je vais vivre maintenant

Je voulais réussir ma vie.

 

Je ne définissais pas ce que voulait dire : “réussir sa vie”. C’était évident qu’il s’agissait d’emprunter les “grandes voies” pour “réussir à” : avoir du travail, avoir un appartement, avoir un amoureux, et avoir des enfants.

 

C’était clair donc, il me fallait avoir.

Je n’ai jamais voulu avoir un jardin.Je suis dans un jardin au moment d’écrire ces lignes et je me dis que c’est étrange, parce que je n’ai jamais voulu avoir un jardin. Ce que je voulais, c’était visiter ces pays dont on traverse la nature comme d’immenses jardins, ces pays que l’on visite pour la nature spacieuse et somptueuse. Je voulais partir dans ces endroits où une part de moi vibrait à l’idée de, peut-être, ne jamais rentrer.

 

Et puis en rentrant, je préférais fantasmer sur un loft en brique rouge que sur un jardin vert.Entendre les cloches d’une église était le dernier de mes soucis.J’y pense parce qu’au moment d’écrire ses lignes, les cloches sonnent. Les oiseaux chantent aussi. Je ne pensais pas à cela avant. Les cloches d’une église et les cris des oiseaux étaient pour moi des préoccupations très lointaines qui signifiaient vieillir.Finalement, je pensais que vieillir signifiait mourir.

C’est drôle parce que les vieux vivent depuis plus longtemps que moi.

Donc avant ce que je voulais, c’était réussir ma vie.

 

Avoir un PEL. Créer chaque jour quelque chose qui fait du sens. Passer un temps et un argent fou pour découvrir des choses et rencontrer des gens. L’importance du réseau m’avait-on dit. Grâce à cela je n’en manque pas… et c’est fou comme le silence me manque.

 

C’est marrant parce qu’aujourd’hui j’ai une tonne de personnes qui s’intéressent à ce que je fais et moi, je me fiche de ce que je fais.Aujourd’hui, je suis dans le jardin, j’entends les cloches sonner, les oiseaux chanter et je réalise que mon PEL ne me sert à rien.

Je n’ai pas encore 30 ans et je danse au milieu de mes contradictions.Je travaille à Paris. Je vis à Paris. Je sors à Paris. Et doucement, je réalise que je n’aime pas réellement mon travail, que mon quotidien n’est pas tout à fait l’idée que je me fais de vivre et que j’aime beaucoup rester chez moi.

On part d’ici ?

Par partir, je n’entends pas quitter. J’entends commencer. Commencer d’ici, partir de ce constat dérangeant, perturbant, et angoissant aussi. Commencer d’ici sans avoir peur de préférer vivre à réussir.

Ce qui est dérangeant est la conscience de plus en plus pressante et oppressante que je le sais depuis longtemps. Les démissions, les voyages, les ruptures et les rencontres n’était pas anodines, elles étaient révélatrices.

Je n’ai pas besoin de faire, j’ai besoin d’apprendre. Je n’aime pas m’occuper, j’aime m’ennuyer. Je ne veux pas faire beaucoup, je veux faire juste.

 

C’est marrant qu’il faille me retrouver si proche de ma vieille définition du “réussir sa vie” pour réaliser que je veux la vivre. Plus que tout.Et que je n’ai jamais eu besoin de plus, j’ai toujours eu envie de moins.

J’ai découvert les textes de Valentin Vieira da Silva récemment. Je ne savais pas quand je déciderais d’en parler. Maintenant.Lisez-le.Ces textes enveloppent des choses les plus simples. À chaque lecture, je finis certaine de ce qui compte, certaine de ce que signifie vivre.

 

 

Maintenant, il fait froid dans le jardin. Mon thé refroidit. Je rentre dans la maison et il est là, à jouer de la guitare.Je parcoure alors dans mon esprit tous les projets professionnels que j’ai voulu entreprendre et que je n’ai pas embrassé. Malgré mon enthousiasme, je savais qu’à la fin de tout cela, il y aurait rien. Qu’à la fin, on s’éteint. Ces projets sont tous un peu vivants aujourd’hui, je les ai vu porté par d’autres, brillamment réussi par d’autres. Je ne sais pas ce que la vie m’en dit. Mon ego s’est parfois affolé de les voir exister sans pouvoir se les approprier. Et pourtant, je le sens. Je m’en fiche. J’ai fini de faire semblant de préférer marquer les esprits plutôt que de faire de l’esprit.L’art nous aide à traverser. Alors je suis là et j’écoute ses notes de guitare.Et je philosophe. J’écris. J’observe. Je veux vivre comme ça.

 

Je vis comme ça.

Chloe Leb – billet original ici

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