Le jour où j’ai découvert combien j’en valait la peine.

Quitter la maison n’était pas difficile. Ils allaient me manquer, mais je n’étais pas triste de quitter ma famille ou mes amis, je n’avais pas peur du futur, j’étais simplement concentrée sur mon but, mon rêve. J’avais observé que tout le monde autour de moi changeait et maintenant, c’était mon tour, et l’échec n’était pas une option. Je ne laisserais rien tomber, ni moi, ni quelqu’un d’autre.

 

Je déménageais en France pour devenir « Fille au pair » et avec toute l’excitation qui me caractérisait, je n’aurais jamais soupçonné que je finirais par être « Cendrillon » dans l’une des familles les plus riches de Paris. Presque immédiatement, je fus contrainte à travailler 65 heures par semaine, je dormais 5 heures par nuit, et je me noyais constamment dans le doute de moi-même, sous les regards déçus de ma « famille d’accueil ». Je considérais comme une bonne journée les jours où je n’allais pas me cacher dans la deuxième cuisine, loin de la paranoïa et des centaines de caméras de surveillance de la maison, et où je me réfugiais pour pleurer à chaude larmes en réalisant quel cauchemar mon rêve était devenu.

 

Je mentais à tout le monde. Après tout, comment aurais-je eu le droit d’être misérable alors que j’avais fait tellement de démarches pour arriver ici ? Pourquoi aurais-je dû pleurer alors que je vivais dans une villa des plus luxueuses de la banlieue parisienne ?

Je n’osais pas prononcer les mots : “Je suis misérable”.

 

J’ai songé à démissionner plusieurs fois, mais une chose m’a toujours arrêtée. Si je partais, l’indifférence de la famille d’accueil à mon égard se transformerai en haine. Je savais qu’ils manipuleraient la situation (d’une manière ou d’une autre) pour que ce soit ma faute, en me traitant de gâtée, d’ingrate ou juste : d’égoïste. L’idée même qu’ils pensent ça de moi m’a rendue malade et j’ai commencé à me demander pourquoi ?

 

En réfléchissant sur mon dilemme, je me suis rendu compte que c’était parce que je pensais que tout ce qu’ils me disaient était un véritable reflet de moi-même.

 

Cela a été vrai toute ma vie ; je prétendais avoir de la valeur alors qu’en fait, je ne vivais qu’à travers les opinions des autres. Si quelqu’un me disait que j’étais belle, je les croyais et je me sentais belle. Si quelqu’un me disait que j’étais stupide, je le croyais également. Je mettais toute mon estime de moi dans les mains de tout le monde, tous, sauf les miennes. Un pouvoir que personne ne devrait avoir, mais qui est fréquemment distribué. Après tout, je n’ai jamais pensé à leur dire qu’ils avaient tort, parce que je pensais qu’ils avaient raison. Je comptais sur l’opinion des autres pour me sentir moi.

 

Le jour où j’en ai finalement eu assez, je n’en pouvais plus de me sentir misérable, d’avoir peur d’aller me coucher parce que je savais que je devrais me réveiller et tout recommencer le lendemain. Le jour où j’ai claqué la porte de mon travail était le jour où mon monde a basculé. Pour cet instant de libération, je serai à jamais reconnaissante.

 

Pour la première fois de ma vie, j’étais prête à me battre pour moi-même.

 

Je pense que c’est un moment immense pour toute femme dans sa vie, peu importe si elle arrive là par la colère, la peur, la joie ou le désespoir. Au moment où elle est capable de se détacher complètement des opinions de tous les autres, le jour où elle se rend compte que les actions des gens sont un reflet d’eux-mêmes et non d’elle, le jour où elle se rend compte qu’elle est la seule qui peut permettre à quelqu’un de la faire se sentir inférieure. Le jour où elle découvre combien elle en vaut la peine.

 

Lorsque nous ne connaissons pas notre valeur, nous passons beaucoup de notre temps à «être» pour d’autres personnes. Choisir nos vêtements en fonction de comment des inconnus nous trouveront à leur goût, agir de la manière dont les autres le souhaitent – c’est épuisant. Lorsque nous connaissons notre valeur, nous faisons les choses pour nous-mêmes. Nous savons ce que nous aimons et nous faisons ce que nous voulons. Cela ne signifie pas vivre égoïstement ou avidement ; en occultant les sentiments des autres, mais cela signifie avant tout prendre soin de nous-mêmes. C’est émancipant.

 

Nous autorisons tant de choses à nous définir que nous n’agissons pas forcément en faveur de notre propre santé mentale. Likes, re-tweets, re-blogs, commentaires (positifs ou non), et même les personnes que nous choisissons en tant que partenaires, meilleurs amis ou collègues. Nous nous cachons derrière eux et énumérons nos réalisations, car nous présentons un vrai CV aux personnes que nous rencontrons, pour nous sentir dignes d’être en leur compagnie. Pour sentir qu’on en vaut la peine, tout court.

 

La question éternelle étant : digne de quoi ?

 

Je pense que cela dépend de la personne. Si nous sommes chanceux, nous n’arrêterons jamais de nous découvrir ; nous continuerons à grandir et à changer, à nous adapter et à apprendre chaque jour qui passe. Peut-être qu’un jour, vous découvrirez votre estime de soi dans votre amour-propre, intelligence, dans vos romances, dans votre respect ou votre professionnalisme. Si nous avons de la chance, nous trouverons que nous méritons tout ce qui se présente. Si nous sommes chanceux, nous accepterons ce qui nous vient avec grâce et gratitude.

 

Alors que mes auto-découvertes n’étaient pas instantanées et sont encore en cours, je peux dire avec confiance que si le futur est incertain, je sais que le fait de découvrir cette partie de moi-même a déclenché un feu en moi qui n’a pas d’égal …

 

Et j’ai certainement l’intention de l’utiliser.

 

Patricia Seidel

Advertisements

One thought on “Le jour où j’ai découvert combien j’en valait la peine.

Add yours

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

Blog at WordPress.com.

Up ↑

%d bloggers like this: